FUTOMAKI @KYO
2 décembre 2012
@ L’ACAJOU
7 décembre 2012
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15, quai de la Tournelle, 75005 Paris.
M° : Pont-Marie.
Tel : 01 43 54 23 31.
Fermé le dimanche et le lundi.

Mercredi 5 décembre 2012, 10h30. Dehors, il fait tout beau tout bleu, un vrai temps de sport d’hiver – et en plus, c’est mon anniversaire. Pardonnez moi mon père, mais j’ai passé une folle soirée – et me suis sûrement enfilé autant de shots de vodka tagada qu’il y avait de bougies sur mon fraisier; alors à l’heure qu’il est, autant vous dire que j’ai plutôt envie de gerbouiller que de me taper une cuisse de canard certifiée. Au vu de mon état catastrophique, c’est malheureux mais catégorique : je suis une vieille bique. Mais je sais encore rimer, Dieu soit loué.

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Une douche froide et deux chaussettes dépareillées plus tard, me voici arrivée à la Tour d’Argent avec papou, maman, frérot et toute une flopée de petits serveurs habillés en pingouins avec raie gominée sur le côté, l’échine aussi droite que celles des danseurs de ballet. Mon pitre de frère les imite, ça me fait rigoler. Alors que notre pingouin attitré nous fait signe de le suivre jusqu’à notre « tâââaable pour le déjeuner », (à prononcer avec un ton guindé de bourgeois coincé) je constate qu’ici, les gens ont l’air drôlement sérieux et pas du tout marrants; mais bizarrement, ça me détend.

La Tour d’Argent, c’est un feeling surprenant – comme le savant mélange d’un agréable lâcher-prise et d’une bonne dose d’émerveillement, un instant de finesse qui, bien que très da-dame et quelque peu ronflante, offre à nos cinq sens un spectacle inoubliable.

Indéniablement, la vue panoramique sur les toits de Paris est imprenable, et c’est un délice que de se faire caresser par la douce chaleur du soleil à travers l’immense baie vitrée. Installés à la 001, la table la plus à l’extérieur, j’ai presque le vertige, mais je me sens en sécurité. Au sol, la moquette épaisse est si moelleuse que j’en fais tomber mon soulier. Dans les timbales en argent, même l’eau a un goût différent – en fait, on dirait que la température de la pièce a été sciemment réglée au degré près; et le volume sonore n’est ni trop bas, ni trop élevé. Délicatement, j’ai comme l’impression de me re-réveiller.

Grande classe oblige, les femmes n’ont pas droit aux menus avec prix – mais à voir la tronche que tire mon père, ça doit faire mal au derrière. Et bien non, justement, el padre peut souffler : le menu midi entrée-plat-dessert est à 60 euros, une addition relativement honnête pour accéder à de la gastronomie étoilée. Depuis le printemps dernier, c’est Laurent Delarbre, ancien commis de l’établissement, qui a pris les rennes des cuisines de la Tour d’Argent et qui s’émoustille à nous titiller les papilles. En entrée, ses «quenelles de brochets André Terrail» sont merveilleusement fermes et gratinées, d’un goût absolument parfait. En plat, le fameux «canard au sang Frédéric Delair» est un grand moment. Comme le veut le rituel, mon pingouin m’apporte ma petite carte numérotée, qui ne me prodigue cependant pas l’effet escompté : éprise d’une immense culpabilité et convaincue d’avoir englouti un animal de compagnie, je verse une larmichette et jure solennellement de ne plus toucher à un canard de ma vie. Du moins avec une fourchette.

En dessert, le «quatuor de glaces et sorbets aux parfums de saison» est une véritable explosion. «T’aurais dû choisir un truc encore plus galère pour le plantage de tes bougies», s’amuse ma mère. «Pas grave, ça nous donnera l’occasion de revenir l’année prochaine et de goûter à la tartelette chocolat café». En prononçant ces mots, je réalise que justement, si ces instants sont et restent un enchantement, c’est parce qu’on ne les déguste vraiment qu‘en les découvrant. Je ne reverrais sans doute pas Paris du haut de la Tour de si tôt, mais le spectacle de ce déjeuner familial restera gravé. Merci papounet.

A Michelin-starred restaurant that exalts our five senses by offering a refined gastronomic cuisine with a panoramic view of Paris in a classy atmosphere. Three-courses lunch menu : 60 euros.

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QUENELLES DE BROCHET "ANDRE TERRAIL"

4 Comments

  1. drgillou dit :

    Comment dire mon canard… J’adore ta plume !!!

  2. Jogui dit :

    Je suis curieuse : c’est quoi cette histoire de carte numérotée ?

    • Margaux dit :

      C’est le « rituel » de la Tour d’Argent : pour prouver la provenance et la qualité du canard, tu repars avec la petite carte numérotée qui correspond à celui que tu as mangé 🙂

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